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Vêtements d’occasion: Quand Vinted fait des accro(c)s

Tiffany Konaté
Publié le 30 Septembre 2021
Les décryptages

Depuis le lancement de son application en 2013, la friperie en ligne au logo bleu fait des accros. Du vintage à prix cassé ? Le rêve de nombreuses fashionistas qui font désormais leurs séances shopping sur l'appli plutôt qu'aux Galeries ! Acheter des vêtements d'occasion est aussi (et surtout) un geste vert qui permet de donner une seconde vie à des vêtements existants plutôt que d'acheter neuf… Mais acheter sur Vinted est-il vraiment écolo?  

Selon l’intuition première des utilisateurs de Vinted, acheter des vêtements d’occasion participe d’une démarche éthique et éco-responsable. En plus des économies de portefeuille, beaucoup soulèvent une alternative astucieuse pour continuer à se faire plaisir en étant looké, sans pour autant céder aux sirènes de la fast-fashion. Pourtant, si l’initiative pourrait sembler green au premier abord, nombreuses sont les dérives liées à l’utilisation de la plate-forme.

Seconde main : gare à la surconsommation

Oubliées les friperies dont les vitrines colorées laissaient deviner une infinité de possibilités vestimentaires et les portants pleins à craquer de vestes en fourrure, perfectos en cuir et autres jeans à pattes d’éléphant. Au placard aussi les heures passées en friperie à la recherche de LA pièce parfaite, avec une histoire, un vécu, une odeur, une première vie. En 2021, on « scrolle ». Depuis quelques années, la friperie 3.0 se veut ludique, interactive, et facile d’accès. A partir de quelques mots-clés, des articles provenant de toute l’Europe se profilent à longueur de page. Un cœur pour un favori (une sorte de panier virtuel pour les Vinties, du nom des utilisateurs de Vinted), un clic pour acheter. Encouragée par des prix bradés et négociables au rabais, la démarche de l’achat de seconde main s’est métamorphosée. Finie la rareté et la satisfaction d’avoir déniché une pièce unique : désormais, les utilisateurs achètent en quantité, et renouvellent leur dressing plus souvent.

Certains en ont même fait un véritable business, en devenant des pros de l’achat-revente à but lucratif. Sur Youtube, on trouve désormais des dizaines de tutoriels sur le sujet. A l’image de la youtubeuse LizaLbz, qui grâce à sa vidéo « Comment gagner sa vie grâce à Vinted » comptabilise 34 000 vues. Le youtubeur Vinceeh, quant à lui, explique à ses 211 000 abonnés comment la plate-forme lui a rapporté près de 700 euros en une seule semaine. Résultat, en à peine huit ans d’existence, les chiffres parlent d’eux-mêmes : si Vinted refuse officiellement de communiquer son chiffre d’affaires, elle est devenue en 2019 la première licorne lituanienne (soit les startups valorisées à plus d’un milliard de dollars) (1). Et en 2021, la folie Vinted ne décélère pas : la start-up vient de dépasser le cap des 3,5 milliards de valorisation (2). 

Pas éco-responsable pour un sou

Photo by [Priscilla Du Preez](https://unsplash.com/@priscilladupreez?utm_source=unsplash&utm_medium=referral&utm_content=creditCopyText) on [Unsplash](https://unsplash.com/s/photos/clothing-racks?utm_source=unsplash&utm_medium=referral&utm_content=creditCopyText)

Si Vinted propose effectivement des filtres pour accéder plus facilement à l’article recherché (vêtements, maison, marque, couleur, etc…), impossible en revanche de filtrer les articles par provenance. « Hors de question que je me fasse livrer un truc qui vient d’Espagne. Dommage qu’on ne puisse pas filtrer seuls les articles situés en France. » regrette Caroline, utilisatrice régulière de la plateforme. Souvent, les vendeurs, domiciliés aux quatre coins de l’Europe, deviennent rapidement des vendeurs expérimentés. Vinted repose en effet sur le marché de l’occasion : vendre sans frais, certes… mais pour acheter (et revendre!) de nouveau. Avec en prime, une livraison rapide. Or, plus la livraison est rapide, plus l’impact énergétique (et donc environnemental) va être important.

Plus grave encore, depuis quelques années, la plateforme a réussi à incorporer de la fast-fashion au sein des articles de seconde main. En effet, Cédric, 70 achats à son compteur, a remarqué certains changements : « Il y a de plus en plus d’articles neufs qui sont revendus par Vinted, et je vois passer aussi de temps en temps des partenariats » note le jeune homme, inscrit depuis 2017. A coups de campagnes de communication et de publicités au marketing bien rodé, Vinted encourage les mêmes schémas compulsifs que les géants du prêt-à-porter mondial. « Je vends beaucoup plus que je n’achète sur Vinted. J’achète un article, je le revends très rapidement. Entre 2019 et 2020, j’avais réussi à gagner plus de 4000 euros» abonde Cédric, en précisant avoir « quand même meilleure conscience en achetant sur l’appli qu’en allant au centre commercial. » Acheter toujours plus, toujours plus vite, pour renouveler plus fréquemment son dressing…  avec en prime l’impression que l’on fait une bonne action en achetant de la mode éthique et éco-responsable :  des arguments marketing qui ont su séduire les 16 millions d’utilisateurs Français de la plateforme lituanienne (3).

Conjuguer Vinted et écologie

Pas besoin de foncer sur son smartphone pour supprimer de ce pas l’application : des compromis existent pour optimiser intelligemment ses achats sur Vinted. Si l’entente avec l’acheteur est primordiale afin de réaliser un achat en toute confiance, pensez à prendre en compte la proximité géographique. Moins c’est loin, moins le transport nécessitera de logistique. Privilégiez les achats en France, voire dans votre ville de résidence, pour une remise en main propre 100% écolo.
De la même manière, au moment de choisir les préférences de livraison, préférez toujours la livraison en point relais à la livraison à domicile. Pensez aussi à repérer les utilisateurs qui partagent vos goûts en termes d’habillement et faites des commandes groupées pour éviter les livraisons multiples.
Enfin, dirigez-vous vers les marques où vous connaissez votre taille afin d’éviter les ratages, et donc les retours. Plus généralement, l’idée est d’acheter moins pour acheter mieux : essayez de vous fixer une limite de commandes par mois, voire par an. Impulsé par les campagnes de publicité pour vendre toujours plus, le réflexe de l’achat compulsif peut ainsi se transformer en véritable frénésie acheteuse. En faisant un pas de côté, nous pouvons tous choisir d’adopter des schémas d’achat plus conscients, et donc plus éco-responsables. Il n’est jamais trop tard pour repenser, pas à pas, sa consommation de la mode.

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