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Les enfants, ça pollue ? Faut-il continuer à en faire ?

Blandine Janin-Reynaudloading
Blandine Janin-Reynaud
Publié le
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Depuis quelques années, une petite ritournelle revient régulièrement dans les débats sur l’écologie : « De toute façon, nous sommes trop nombreux sur Terre, le seul moyen de s’en sortir est de réduire la population mondiale ! ». En 2017, une étude publiée dans la revue scientifique Environmental Research Letters évoquait même l’impact astronomique d’un enfant dans le bilan carbone de ses parents : 60 tonnes d’équivalent CO2/an ! Un chiffre à prendre avec des pincettes comme nous le verrons ! Pour autant, de plus en plus de jeunes refusent de procréer, voire recourent à la stérilisation volontaire par militantisme… à moins que ce ne soit par désespoir ! Peut-on vraiment continuer à avoir des enfants sans détruire la planète ? Le Kaba tente de déminer cette délicate question en toute objectivité !

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©guduru-ajay-bhargav-pewels

Sommes-nous trop nombreux sur la Terre ?

En novembre 2022, la Terre a accueilli son 8 milliardième hominidé. Elle n’en comptait qu’un 1,5 milliard au début du XXe siècle. Selon l’ONU, la population mondiale devrait se stabiliser autour de 11 milliards d'habitants en 2100. Une progression vertigineuse et sans précédent, en corrélation avec l’augmentation de la consommation d’énergies fossiles et l’effondrement des écosystèmes ! Car si une chose est certaine, c’est que nous sommes entrés dans l’ère de l’anthropocène : émissions de gaz à effet de serre, déforestation, pollution des eaux et des sols, les activités humaines sont directement responsables de la destruction de l’environnement. De là à en déduire que réduire la population serait la mesure la plus efficace, il n’y a qu’un pas… que beaucoup franchissent, en particulier un ancien président de la République pour qui l’explosion démographique est le principal problème à résoudre… en particulier chez les populations africaines1.
 

La démographie des pays pauvres, un enjeu de développement social

Ses détracteurs ont beau jeu de démontrer que les 1 % les plus riches de la planète, soit 77 millions de personnes, émettent autant de gaz à effet de serre que les deux tiers de la population la plus pauvre, soit environ 5 milliards de personnes (voir le rapport de l’Oxfam publié le dimanche 20 novembre 2023). La moitié la plus pauvre de l’humanité n’est responsable que de 8 % des émissions mondiales. En réalité, la population augmente dans les pays pauvres peu émetteurs de gaz à effet de serre, tandis que les émissions de CO2 augmentent dans les pays riches où le taux de fécondité stagne, voire se réduitÀ titre d’exemple, l’empreinte carbone d’un Éthiopien est de 0,2 t de CO2 équivalent contre 21 t pour un Américain !

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©hermes-rivera-unsplash

Il n’empêche que la démographie exerce une réelle pression sur les ressources en eau ou sur la quantité de déchets rejetés. Mais avant tout, les pays qui ont la démographie la plus dynamique sont surtout les plus exposés et les plus fragiles face au réchauffement climatique causé historiquement par les pays riches. La surpopulation amplifie leurs difficultés : ces pays doivent donc accélérer leur transition démographique surtout pour répondre à leurs propres besoins de développement dans les domaines de la santé, de la nutrition, de l’éducation ou de l’égalité hommes/femmes.

Quel impact environnemental pour un bébé ?

Si réduire la population des pays pauvres n’aurait pas un impact énorme sur le réchauffement climatique, il n’en reste pas moins qu’un citoyen d’un pays riche émet beaucoup de CO2 : un enfant français, c’est une tonne de couches jetées durant ses trois premières années, des montagnes de jouets en plastique made in China, des centaines de vêtements (made in Bangladesh cette fois), sans compter le SUV acheté pour le transporter en toute sécurité, l’agrandissement du logement familial, etc. À l’échelle collective, on peut y rajouter des infrastructures supplémentaires (crèches, écoles). Un enfant occidental, c’est surtout un futur gros consommateur, soit 10 tonnes d’équivalent CO2/an en France et le double aux États-Unis. En comptant qu’il se reproduira à son tour, cela explique le fameux calcul des 60 tonnes d’équivalent CO2/an imputées à ses “égoïstes” de parents !

En comparant les ressources matérielles à un gros gâteau à se partager, il est donc tentant de se dire qu’avec moins de convives, les parts seraient plus grosses, non ?


 

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©pexels

Demain : une autre façon d’habiter le monde ?

Sans entrer dans le débat philosophique du bien-fondé de comparer des objets et des êtres humains, on constate pourtant que la méthode est un peu légère : aucune raison d’imputer aux parents les émissions futures de leur descendance. Tout au plus peut-on les rendre responsables de leurs 20 premières années : et c’est là qu’intervient la responsabilité individuelle. Chaque être vivant impacte son environnement, mais certains beaucoup plus que d’autres ! Les émissions de Bernard Arnault sont 1 270 fois supérieures à celles d’un Français moyen, qui elles-mêmes sont déjà cinq fois supérieures à ce qu’elles devraient être pour garantir un monde durable (voir notre article sur l’objectif 2 tonnes). Il faudrait 5,1 planètes si tous les humains vivaient comme des Américains mais seulement 0,8 si l’on vivait comme des Indiens.

Par conséquent, à quoi bon réduire de moitié le nombre d’êtres humains si les riches en profitent pour consommer toujours plus ? De même, que ne pas avoir d’enfants pour prendre l’avion 10 fois par an n’aurait aucun sens. Ainsi, « le nombre d’humains est beaucoup moins important que la manière dont ces derniers vivent et s’organisent », observe l’auteur Emmanuel Pont dans son livre Faut-il arrêter de faire des enfants pour sauver la planète ?

La question qui se pose donc est bien celle du partage. En effet, (trop) polluer n’est pas une fatalité et l’avenir n’est pas gravé dans le marbre : il dépend de nos choix tout autant que des orientations politiques de chaque pays. Plusieurs théories et scénarios démontrent que les besoins essentiels de 10 milliards d’habitants peuvent être pourvus tout en respectant les frontières planétaires, à condition de répartir les ressources équitablement. À ce titre, la théorie du donut est particulièrement intéressante et nous propose d’inventer une nouvelle façon d’exister, plus sobre et plus juste (voir notre encadré).

Quant au bonheur, les Américains qui émettent deux fois plus de gaz à effet de serre que les Français sont-ils pour autant deux fois plus heureux ? On vous laisse méditer.

La théorie du donut

Les donuts, vous connaissez ? Ce beignet américain tout rond, plutôt symbole de malbouffe, est en train de devenir le symbole d’un monde nouveau !

La théorie du donut est une invention de l’économiste britannique Kate Raworth. Le donut permet d’illustrer de façon simple une question complexe comment allier les enjeux de justice sociale aux enjeux environnementaux, pour orienter l’économie en faveur d’un développement durable et juste ? Les deux cercles qui composent le beignet représentent les limites dans lesquelles se dessine l’espace sûr et juste pour l’humanité : à l’extérieur, les limites naturelles, ou frontières planétaires, à ne pas dépasser (« le plafond ») ; à l’intérieur, les besoins essentiels, les droits humains et la justice sociale composent « le plancher » du beignet pour assurer l’épanouissement de chacun. L’objectif de la théorie du donut est de développer une nouvelle approche de l’économie, durable et inclusive, pour qu’elle puisse continuer de prospérer sans être obligée de croître.

Un bel outil pour revisiter les principes économiques en mettant le facteur humain et la préoccupation environnementale au cœur de la réflexion.

Pour en savoir plus : La Théorie du donut, l’économie de demain en 7 principes de Kate Raworth, Éditions J’ai lu. 

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Les enfants, un pari sur l’avenir

Alors bébé or not bébé ? Quand on a la chance d’avoir cette possibilité, procréer est une décision personnelle ou de couple, rationnelle ou non, qui relève de la sphère intime et doit rester ainsi. Si certains s’offusquent déjà des mesures « liberticides » prises au nom de l’écologie, que penser de lois malthusiennes qui viendraient réglementer ce sujet ?

À titre individuel, la peur de l’avenir peut en revanche interroger sur le bien-fondé d’engendrer dans un contexte aussi instable. Pourtant, force est de constater qu’un grand nombre de parents vivent une prise de conscience écologique à la naissance de leurs enfants : comment sera le monde dans 20, 40, 60 ans ? Avoir des enfants permet de se projeter au-delà de l’échelle de temps de sa propre vie et de se sentir responsable du futur. Il s’agit alors d’un véritable catalyseur d’énergie et d’une formidable raison de se battre !

Parents ou non, nous n’avons que l’usufruit de cette planète. « L’avenir, tu n’as point à le prévoir mais à le permettre », disait Antoine de Saint-Exupéry. À nous de rendre possible, dès à présent, l’avenir des générations futures !

1. Interview de Nicolas Sarkozy dans l’émission C à vous en septembre 2023


 

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